FAITS DIVERS

Une étudiante amiénoise menacée d’expulsion

Hanaa Korso Tlemsani, qui vient de valider sa deuxième année en pharmacologie, ne comprend pas pourquoi les autorités préfectorales refusent de lui renouveler son titre de séjour.Réagir Mis en ligne le 4/08/2020 à 19:22 

par Bakhti ZouadMenacée d’expulsion, Hanaa Korso Tlemsani vit avec la peur au ventre, elle qui s’apprête à entrer en troisième année de pharmacologie à Amiens.Menacée d’expulsion, Hanaa Korso Tlemsani vit avec la peur au ventre, elle qui s’apprête à entrer en troisième année de pharmacologie à Amiens.

Frappée par une Obligation de quitter le territoire français (OQTF) qui court jusqu’au 7 novembre, Hanaa Korso Tlemsani, une étudiante algérienne de 24 ans, vit dans l’angoisse depuis plusieurs mois. La jeune femme, qui entrera en troisième année de pharmacie à la rentrée prochaine, après avoir validé sa deuxième année avec près de 12/20 de moyenne, ne comprend pas pourquoi les autorités préfectorales refusent de lui renouveler son titre de séjour « étudiant ». « C’est t rès compliqué à vivre, j’ai pourtant le sentiment de faire de mon mieux et tout ce qu’il faut pour pouvoir rester dans ce pays que j’aime profondément », confie Hanaa Korso Tlemsani dans un français parfait.

Arrivée en France à l’âge de 18 ans, en 2014, de manière régulière, la jeune femme originaire d’Oran concède avoir un peu tâtonné au début de son parcours universitaire avant de vite rectifier le tir. « J’ai connu une période difficile en faisant une dépression, mais je ne me suis pas laissée abattre et aujourd’hui j’avance, aussi bien sur le plan universitaire que sur le plan personnel. » Après avoir fait une année de prépa, elle a, en effet, réussi le périlleux concours de PACES et mène désormais de solides études de pharmacologie.

Soutenue par SOS Racisme, la Licra et l’UNEF

Documents et attestations à l’appui, elle explique être soutenue par le doyen de l’UFR, Jean-Marc Chillon, et ses professeurs en général, les pharmaciens chez qui elle a travaillé et qui la recommandent, mais aussi son bailleur. Tous ne trouvent rien à lui reprocher et saluent son assiduité. Selon nos informations, le président de l’Université de Picardie Jules-Verne, Mohammed Benlahsen, suit le dossier de près.

La situation de la jeune femme, qui a un petit ami étudiant depuis presque deux ans, suscite également l’incompréhension du côté des syndicats étudiants comme l’Unef, ou encore de SOS Racisme et de la Licra qui dénoncent une « injustice criante et manifeste ». Depuis peu, une pétition de soutien est d’ailleurs en ligne sur le site change.org et totalise une centaine de signataires. « Comment en France, pays des Droits de l’Homme, peut-on obliger une jeune personne, étudiant effectivement sur le territoire de la République, à le quitter ? Cette étudiante, qui a choisi la France pour son avenir, se voit trahie par son administration préfectorale ! Comment la France peut-elle tourner le dos à de futurs talents qui croient en elle ?, écrit SOS Racisme.

Invitée à déposer une nouvelle demande

L’avocat d’Hanaa Korso Tlemsani, Stéphane Diboundje, se dit scandalisé par cette OQTF. « On lui reproche un manque de sérieux dans ses études. Ce n’est pas ce que disent ses professeurs ! Sachant que les études de pharmacologie sont très difficiles. On lui reproche aussi de ne pas avoir d’attaches personnelles en France, or, elle s’est parfaitement adaptée. Elle a plein d’amis, un petit copain, elle a même de la famille ici. Elle a construit sa vie ici. Ce qu’on lui fait subir est incompréhensible, encore plus dans le pays des Droits de l’Homme, dans la ville qui est Capitale européenne de la jeunesse 2020 », plaide-t-il.

Récemment, une demande de recours gracieux a été rejetée par le Tribunal administratif, mais uniquement pour une question de forme, liée à des délais, « pas sur le fond du dossier qui n’a pas été examiné », assure l’avocat qui déplore ne pas avoir eu de retours de la préfecture de la Somme malgré les nouveaux éléments envoyés par mail et par courrier en janvier (validation du premier semestre) et en juillet (bulletin de notes validant l’année).

Contactée ce mardi 4 août, la préfecture de la Somme invite Hanaa Korso Tlemsani à déposer une nouvelle demande de renouvellement de son titre de séjour qui, dit-elle, sera réexaminée, bien évidemment au regard des nouveaux éléments fournis. La jeune femme assure ne pas être rétive à cette idée mais craint d’être interpellée en chemin ou à la sortie de la préfecture, pour être emmenée en Centre de rétention administrative puis expulsée en Algérie où rien ou plus grand-chose ne l’attend, dit-elle. « Je me laisserai mourir si ça arrivait »… souffle-t-elle, en tentant d’étouffer un sanglot.Poursuivez votre lecture sur ce(s) sujet(s) :Droits de l’Homme|Immigration|Amiens (Somme)

source courrier picard :https://premium.courrier-picard.fr/id119125/article/2020-08-04/une-etudiante-amienoise-menacee-dexpulsion