« C’est une attaque envers la femme que je suis » : une députée RN de l’Oise victime d’un deepfake sexuel

La députée Claire Marais-Beuil (RN) ciblée dans une vidéo truquée de 6 secondes diffusée sur les réseaux sociaux.

Écrit parLena Malval

Publié le13/02/2026 à 18h29

Temps de lecture : 5 min

Hauts-de-France

Une vidéo truquée à caractère sexuel a visé la députée Rassemblement National de l’Oise, Claire Marais-Beuil. Diffusée sur les réseaux sociaux fin décembre, elle utilise son image sans son consentement. L’élue a porté plainte. Elle dénonce une attaque genrée et alerte sur les risques posés par l’IA pendant les municipales.

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Claire Marais-Beuil assiste à une cérémonie d’anciens combattants quand une habitante de Beauvais l’alerte. Une vidéo circule en ligne à propos de la députée. « Je pensais qu’il s’agissait de remarques par rapport à mon travail. Je peux vous dire que mon sang n’a fait qu’un tour. » On y voit l’élue se déshabiller, au milieu de l’hémicycle puis poser de façon suggestive en sous-vêtements.

Un commentaire accompagne la vidéo : « 30ème députée la plus active sur 577 députés« . 

Un contenu généré par l’intelligence artificielle (IA) à partir d’une simple photo postée sur les réseaux sociaux de la députée à l’Assemblée nationale “J’ai été très choquée, explique Claire Marais-Beuil, je me dis que c’est épouvantable. L’IA peut faire de belles choses mais aussi des choses dégradantes et il faut qu’on s’en méfie.” Les trucages hyperréalistes, les deepfakes, comme celui qui a visé l’élue, sont de plus en plus nombreux sur la toile. 

Une tentative de déstabilisation ?

« On le voit quotidiennement avec le président de la République, son image est détournée presque tous les jours sur les réseaux sociaux« , explique Louis Corre, directeur d’une association qui aide les collectivités dans leur transformation numérique (ADICO), « aujourd’hui il est difficile de maîtriser ce qu’un tiers va faire de notre image, ajoute-t-il, on peut juste agir à postériori, en portant plainte pour essayer de retirer les images qui ont été diffusées sur internet. Mais le mal peut déjà être fait.« 

Claire Marais-Beuil a porté plainte contre X mais peu de chance que les investigations aboutissent. Si la vidéo a depuis disparu des réseaux sociaux, le questionnement demeure sur l’utilisation de l’IA comme outil de déstabilisation politique.

En particulier à l’approche des municipales. Pour Louis Corre, les deepfakes sont « des enjeux » non négligeables. « Ils peuvent peser sur la vie démocratique, avance-t-il, on est en période électorale donc c’est clairement de la déstabilisation des candidats qui peuvent voir leur campagne complètement sabotée. » Claire Marais-Beuil n’exclut pas que le montage ait pu être réalisé pour perturber sa candidature à la mairie de Beauvais (Oise) mais ne s’avance pas pour autant. 

Une attaque sexiste

L’élue se dit habituée des attaques et autres remarques sur le plan politique. En revanche, cette vidéo “est une attaque envers la femme que je suis” explique l’élue, également mère et grand-mère. ”J’ai 3 garçons, deux petits garçons et une petite fille. Moi je peux encaisser mais ma famille n’a rien demandé.”

Claire Marais-Beuil fustige également le caractère sexiste de cette vidéo. « On en est encore là, nous les femmes, à nous ramener à un physique ? En politique on a déjà du mal à se faire notre place, alors si en plus on est ramené à ça, à du sexe, c’est épouvantable !  » L’élue souligne qu’il ne s’agit là que d’une vidéo, mais s’inquiète d’autres dérives : « Un jour, on pourrait me faire dire ce que je n’ai pas dit. Je pense qu’il faut s’attendre à tout aujourd’hui« 

Que risque l’auteur du deepfake ?

En France, la réalisation d’une vidéo falsifiée constitue un délit pouvant aller jusqu’à 2 ans de prison et 45000 d’amende. « Le Code pénal, à l’article 226-8 précise bien que le montage réalisé avec les paroles ou l’image d’une personne sans son consentement est puni d’un an d’emprisonnement, explique Maître Stéphane Diboundje, avocat au barreau d’Amiensune peine portée à deux ans en cas de diffusion en ligne”. 

En mai 2024, le législateur a élargi l’éventail des sanctions. « On était plutôt démunis face à cela, mais cette nouvelle loi permet de punir un certain nombre de personnes responsables : ça va de l’auteur du deepfake à ceux qui ont pu éventuellement héberger« .

Avec notamment la possibilité de suspension de comptes de personnes qui auraient relayé la vidéo. Mais d’après la députée, sa plainte aurait déjà été classée sans suite car impossible de remonter à l’auteur de la vidéo falsifiée.

Source france 3 : https://france3-regions.franceinfo.fr/hauts-de-france/oise/c-est-une-attaque-envers-la-femme-que-je-suis-une-deputee-rn-de-l-oise-victime-d-un-deepfake-sexuel-3299244.html

Avec Naïm Moniolle / FTV