Féminicide sur la voie publique : Nicolas Deprez condamné à 30 ans de réclusion criminelle pour avoir poignardé son ex-femme à Amiens

Me Stéphane Diboundje et Me Florine Talon représentaient les intérêts de Nicolas Deprez.

Valentin Pasquier

Publié le15/06/2026 à 18h21Mis à jour le16/06/2026 à 09h19

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Hauts-de-France

Une peine de réclusion criminelle de 30 ans, assortie de 20 ans de sûreté, a été prononcée ce 15 juin à l’encontre de Nicolas Deprez, accusé de l’assassinat de son ex-femme en pleine rue à Amiens en 2023. La matinée de ce dernier jour d’audience a été marquée par le témoignage des proches de la victime.

Il reconnaît avoir porté les coups mortels, mais nie avoir prémédité son acte. Nicolas Deprez a néanmoins été reconnu coupable d’assassinat ce lundi 15 juin, et condamné une peine de 30 ans de réclusion criminelle, assortie de 20 ans de sûreté et d’une injonction de soin. L’Amiénois de 44 ans comparaissait depuis le 11 juin devant la cour d’assises de la Somme pour l’assassinat de son ex-femme Fatiha Mahdi, le 3 mars 2023.

« La peine est assez lourde, mais elle est aussi à la hauteur du crime. Je rappelle que les réquisitions, c’était perpétuité, on est en deçà. Même si la peine est assez lourde, elle a l’air d’être acceptée par l’accusé, confie Me Stéphane Diboundje, conseil de Nicolas Deprez. Elle aurait pu être plus basse, mais elle correspond aux standards de l’époque actuelle. » Plus tôt dans la journée, le parquet avait requis une peine de réclusion criminelle à perpétuité, assortie de 18 ans de sûreté.

Le palais de justice d'Amiens, le 5 juin 2026 (photo d'illustration).

Nicolas Deprez dispose de dix jours pour interjeter appel de sa condamnation. « C’est une réflexion qu’on doit avoir avec l’accusé, mais ce n’est pas la tendance du jour, » s’avance Me Diboundje.

« La cour d’assises et les jurés ont pris en considération l’extrême dangerosité de Nicolas Deprez. Ils ont pu la mesurer, la palper au cours de l’audience, l’entendre dans la bouche des parties civiles. En réalité, c’est une peine très sévère qui a été prononcée, considère Me Maureen Pupin, avocate de la famille de la victime. On ne peut pas parler de soulagement : leur fille, leur sœur est décédée, mais ce qui les rassure, c’est que cet homme va rester a priori un certain nombre d’années en détention et qu’il ne fera plus de mal à personne. »

Une audience houleuse

L’homme a multiplié les provocations pendant les débats, refusant de comparaître au début de l’audience et de répondre parfois aux questions de la cour. Animé par une jalousie obsessionnelle et persuadé que son ex-femme le trompait – ce qui n’a jamais été prouvé – Nicolas Deprez s’est notamment dit « en guerre contre l’adultère » au cours de l’audience.

« La perpétuité, c’est la peine extrême. Nous, on souhaiterait une peine de temps car ça lui donne une perspective de sortie et parce qu’on trouve que c’est une peine juste, compte tenu d’autres cas qui ont été jugés par cette même cour d’assises, confiait avant le verdict Me Florine Talon, en défense. On souhaite que Nicolas Deprez soit jugé pour ce qu’il a fait et uniquement pour ce qu’il a fait, » ajoute l’avocate, évoquant en filigrane les quelque 550 courriers véhéments envoyés par son client à certains acteurs de la procédure judiciaire depuis son arrestation.

Ces courriers, c’est surtout de la provocation. Il a cherché à se faire entendre sur certains points, il a eu le sentiment qu’on ne prenait pas en compte son point de vue. (…) Ces courriers, c’était un délire pour alimenter un besoin d’exister.Me Florine Talon

avocate de Nicolas Deprez

Parole aux parties civiles

Depuis le début du procès, les parties civiles n’ont jamais répondu aux nombreuses provocations de l’accusé. Ce 15 juin, au troisième et dernier jour des débats, la famille de Fatiha a enfin pu s’exprimer à la barre, non sans émotion. Une émotion perceptible chez la sœur de la victime, puisqu’elle a relaté en sanglots à la barre sa relation avec elle et la souffrance de son fils. Celui-ci avait 6 ans à l’époque et était présent au moment de l’assassinat de sa tante. « Il est aujourd’hui traumatisé et se réveille encore en pleine nuit en entendant les cris de sa tante, » confiait-elle aux magistrats.

Puis le père de Fatiha Mahdi s’est avancé à son tour à la barre, et a permis à la cour d’en apprendre un peu plus sur Nicolas Deprez. Selon lui, « il était heureux quand les autres étaient malheureux. Quand Fatiha pleurait, il était heureux. »

« Ça leur apporte l’image que Fatiha Mahdi existe au sein de cette salle d’audience, confiait avant le verdict leur avocate. Ils se sont sentis écoutés, ont trouvé que les questions posées par les uns et les autres ont été les bonnes s’agissant des mots à poser sur ce procès. »

Une plainte avait été déposée

Fatiha Mahdi a été victime de 19 coups de couteau en mars 2023 à Amiens, sur la voie publique devant l’hôtel Première classe du nord d’Amiens où elle occupait la fonction de réceptionniste. À côté de son corps, Nicolas Deprez avait été découvert allongé mais vivant, le couteau retourné contre lui. L’alerte avait été donnée par le neveu de Mme Mahdi, alors âgé de 6 ans, qui l’accompagnait alors au travail.

Fatiha Mahdi avait 28 ans. Elle avait quitté son conjoint en août 2022 à la suite d’un dépôt de plainte pour violences conjugales. Le quadragénaire avait continué à la harceler, notamment à venir l’intimider devant l’hôtel où elle travaillait.

Avec Elsa Teiton / FTV

source : https://france3-regions.franceinfo.fr/hauts-de-france/somme/amiens/feminicide-sur-la-voie-publique-la-perpetuite-requise-contre-nicolas-deprez-pour-avoir-poignarde-son-ex-femme-a-amiens-3369130.html